
Étude des populations de serpents en Réserve Biologique Intégrale
CEBC/CNRS, Deux-Sèvres, France
Le Centre d’Etudes Biologiques de Chizé est une station de terrain du CNRS au cœur de la forêt de Chizé. La Réserve Biologique domaniale Intégrale (RBI) de la Sylve d’Argenson, en forêt de Chizé, a été créée en 2006. Dans une RBI, l’exploitation forestière est proscrite, ce qui permet aux scientifiques d’en étudier l’évolution naturelle.
L’équipe ECOPHY du CNRS étudie comment les animaux répondent aux stresseurs environnementaux (changement climatique, dégradation des habitats, pollution). L’une de leurs missions est d’effectuer un protocole de Capture-Marquage-Recapture (CMR) permettant d’estimer le nombre d’individus d’une population et d’en suivre l’évolution. Ce protocole est tout à fait adapté aux serpents : il ne modifie ni leur biologie, ni leur succès reproducteur ou leur taux de mortalité et il n’influe pas sur leurs déplacements.
Les espèces concernées par cette étude sont la couleuvre d’esculape (Zamesis longissimus), la couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus), la couleuvre helvétique (Natrix helvetica) et la vipère aspic (Vipera aspis).
La capture
Les serpents sont des animaux diurnes mais très discrets. Leur observation est donc difficile sans méthode de capture.
L’équipe a donc installé des plaques en fibrociment ondulées de 1m², sous lesquelles les serpents viennent se cacher pour se thermoréguler en sécurité. Ces plaques ne sont soulevées qu’une fois par semaine, afin que l’étude ne soit pas trop invasive.

L’identification de l’individu doit se faire rapidement avant sa capture, afin de prendre les dispositions nécessaires. En effet, s’il s’agit d’une vipère aspic, une espèce venimeuse, la méthode de capture est différente et des précautions doivent être prises.
Pour attraper une vipère sans la blesser et limiter son stress, on utilise un crochet la mettre directement dans la boîte à clapet, boite sécurisée et fermés. On indique sur cette boite la présence d’un animal venimeux afin de ne pas la confondre avec les autres boites, où sont déposés les sacs en tissus contenant les couleuvres.
Les animaux sont amenés au laboratoire, où ils passeront la nuit au chaud dans les boîtes conçues pour empêcher les évasions.


Les mesures biométriques
Une fois au laboratoire, une fiche biométrique doit être remplie pour chaque individu.
Si l’individu est déjà marqué, on peut l’identifier et retrouver sa fiche, avec les données mesurées lors de sa dernière capture. S’il n’a jamais été capturé, l’individu doit être marqué. On marque les écailles correspondantes au numéro de l’individu dans le répertoire au fer à souder. Cette technique de marquage possède un taux d’erreur d’identification (2%) plus faible que la puce (5%) qui peut être perdue dans le corps de l’animal si celle-ci est mal implantée.







Pour avoir des renseignements sur le régime alimentaire de chaque espèce, on récolte les fèces que l’on dilue dans l’alcool pour voir le contenu du dernier repas (poils, plumes, écailles, élytres).


Les relâchers
Une fois les données récoltées, les serpents capturés sont relâchés sous la plaque où ils ont été trouvés.
Étudier les animaux et effectuer un suivi sur le long terme (une dizaine d’année pour cette CMR) est un travail à plein temps. Les prospections et les captures/relâchés peuvent durer jusqu’à tard, notamment quand le chemin est difficile. Les réserves biologiques intégrales ne sont pas gérées par des forestiers, et le parcours est parfois peu dégagé, les plaques difficiles à trouver pour les regards non-avertis. Ce sont en général des stagiaires, comme Martin, issus de BTS ou de cursus universitaires, qui récoltent et analysent le premier jet des données.
Les petites mains de la science ne signent pas les papiers qui paraissent dans les revues, ils ne sont souvent pas rémunérés et sont là par pure passion.






